Ben Jelloun : Dilemme d’une Culture Hybride

Type de document : Research Paper

Auteur

Chercheur au BIAL (Institut bruxellois de linguistique appliquée), Bruxelles, Belgique

10.22034/rllfut.2021.45116.1317

Résumé

La question de l’hybridité culturelle des auteurs postcoloniaux reste une question difficile à cerner pour plusieurs raisons, historiques, politiques, personnelles, et culturelles. Homi Bhabha dans son œuvre genèse Les lieux de la culture avait proposé un espace tiers qui plaise aux deux sphères culturelles qui constituent le total culturel des auteurs en provenance d’une hybridité postcoloniale. Ce qui n’a pas, à notre avis, mis une vraie fin à ce dilemme vu la présence de la francophonie comme structure postcoloniale d’après Louis-Jean Calvet, politique postcoloniale d’appropriation inégale de la production littéraire des auteurs d’origine. Edward Saïd s’y est attardé par deux fois dans ses deux œuvres majeures, l’Orientalisme et Culture et impérialisme. Saïd, en effet, pointe de doigt le désir continuel de l’empire à maintenir son ascendant sur les indigènes, en élaborant une perspective comparative qui lui sert d’outil de mesure. La lutte que mènent ces auteurs postcoloniaux face à cette aliénation politique n’aboutit qu’à l’aune de la métropole, nous parlons ici d’une réception conditionnée dans le champ littéraire français. Cette aliénation s’ajoute à l’aliénation de départ de ces auteurs postcoloniaux en faisant leur choix auctorial de s’exprimer dans la langue des colons.
    Dans ce présent article, deux grands noms nous servent d’outil de comparaison, à savoir Franz Kafka et Vladimir Volkoff. La primordialité de l’origine s’avère grave dans le cas de Volkoff, un auteur français d’origine russe, il est toutefois intégré par naissance comme une figure littéraire de souche, et loin de ses thématiques littéraires ayant toujours un trait fort avec son origine, il est amplement français bien qu’il n’ait souhaité qu’un statut de « apatride ». Ben Jelloun dans la même catégorie, ne dispose que du titre, qu’il le veuille ou pas, d’un français de papier. Cette discrimination littéraire a son histoire à elle seule, c’est celle de la périphérie.
< p>En ce qui de la comparaison avec Franz Kafka, nous avons conclu qu’il existe une similitude entre Ben Jelloun et Kafka, du fait que les deux ont dû passer par les mêmes trois impossibilités étant deux auteurs qui ont trouvé leur vocation littéraire dans une langue qui n’est pas celle de leurs parents. Nous avions ici recours à l’œuvre de Deleuze et Guattari ; une similitude avec une réalité postcoloniale qui s’ajoute au statut de Ben Jelloun. Nous avons, pour ce faire, proposé ‘franpéralisme’ comme néologisme de convenance, et de nécessité, un néologisme qui décrit plus précisément le contenu de l’adjectif ‘francophone’ qui qualifie l’auteur d’expression française anciennement colonisé.
< p>La transidentité des auteurs francophones fait d’eux des multitudes qui franchissent les frontières canoniques de la production littéraire et qui brisent l’image dogmatique de l’auteur monolingue d’idéologie figée.

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